Histoire des claquettes : des Five Points à Savion Glover

L’histoire des claquettes commence dans le quartier new-yorkais de Five Points, dans les années 1830, de la rencontre entre danses percussives africaines et gigue irlandaise. La discipline connaît son âge d’or au cinéma entre 1930 et 1955, décline ensuite, puis renaît à partir des années 1970 grâce à Gregory Hines et Savion Glover. Quatre actes, presque deux siècles.
Acte I : la fusion des Five Points
Tout commence dans un quartier pauvre. Five Points, à Manhattan, concentre dans les années 1830 immigrants irlandais et Afro-Américains, souvent dans la même misère et les mêmes sous-sols.
De cette promiscuité naît un croisement. Les Irlandais dansent la gigue, buste droit, jeu de jambes rapide. Les Afro-Américains apportent les rythmes syncopés et la liberté du haut du corps. Dans les salles de bal des caves, les deux styles se mesurent. Selon Wikipédia, ces challenges entre communautés forment peu à peu une danse inédite, où le pied devient percussion.
Une figure domine cette période : William Henry Lane, dit Master Juba. Considéré comme l’un des pères des claquettes, il combine les deux héritages avec une virtuosité qui force le respect, jusque dans les minstrel shows. Ces spectacles, profondément racistes, ont paradoxalement servi de scène où les traditions rythmiques africaines et européennes ont pu se rencontrer et se diffuser.
Les chaussures, elles, évoluent lentement. D’abord des sabots de bois, hérités du clog dance irlandais, puis des semelles à morceaux de bois (split clogs), enfin les plaques de fer mobiles qui s’imposent au milieu des années 1920. Chaque étape clarifie le son : du bois sourd au métal claquant, l’instrument se précise. C’est cette mécanique sonore qu’explique l’article comment fonctionnent les claquettes.
Un mot sur le contexte de cette naissance. Five Points n’est pas un quartier choisi au hasard par l’histoire : c’est l’un des bidonvilles les plus denses du New York de l’époque, où la misère force des communautés que tout sépare à cohabiter. De cette promiscuité subie jaillit une création majeure. Les claquettes naissent ainsi d’une rencontre que personne n’avait planifiée, dans les marges de la société américaine.
Acte II : Broadway et la conquête de la scène
Au tournant du XXe siècle, les claquettes quittent les caves pour les planches. Elles deviennent la danse phare du vaudeville, puis de Broadway, où elles prospèrent de 1900 à 1955.
Une figure marque la rupture : Bill « Bojangles » Robinson. Star du vaudeville dès le début des années 1900, il se produit seul sur scène à Chicago en 1915, brisant l’interdiction faite aux artistes noirs de danser en solo. Robinson impose une technique légère, dansée sur la pointe des pieds, qui influence durablement le genre.
L’arrivée du jazz dans les années 1920 propulse les claquettes au premier plan. Le rythme syncopé de cette nouvelle musique épouse naturellement la frappe des taps. Scène et son se nourrissent l’un l’autre. Cette période voit aussi la frappe migrer vers la pointe du pied, technique plus rapide et plus légère qui rompt avec les sabots lourds des origines.
Une scène compte particulièrement à cette époque : le quartier de Harlem, à New York. Les clubs y accueillent des battles, ces duels où les danseurs improvisent à tour de rôle pour épater la salle. Cette culture de la confrontation, héritée des challenges de Five Points, forge un vivier de virtuoses qui nourrira bientôt Hollywood.
Acte III : l’âge d’or hollywoodien
Le cinéma sonore change la donne. À partir des années 1930, les claquettes envahissent les écrans et atteignent leur apogée dans les années 1950.
Deux noms incarnent cette gloire. Fred Astaire, l’élégance faite danse, partenaire de Ginger Rogers. Gene Kelly, plus athlétique, dont l’audace avec le réalisateur Stanley Donen redonne du souffle à la comédie musicale, jusqu’au sommet de Singin’ in the Rain en 1952. Selon les sources de cette période, Eleanor Powell est alors considérée comme la plus exceptionnelle danseuse de claquettes de sa génération ; elle partage l’écran avec Astaire dans Broadway Melody of 1940.
Ces films diffusent les claquettes dans le monde entier. C’est l’image qui colle encore aujourd’hui à la discipline : le smoking, le chapeau, le sourire. Une époque dont l’héritage musical se retrouve dans les morceaux évoqués par musique pour faire des claquettes.
Hollywood, pourtant, lisse la discipline. Les claquettes de l’écran, élégantes et chorégraphiées, s’éloignent du jazz tap rugueux des clubs de Harlem. Deux héritages cohabitent désormais : la version spectacle, mondialement connue, et la version rythmique, plus confidentielle mais vivante chez les puristes. Cette dualité structure encore l’enseignement actuel, comme le rappelle l’article comment s’appelle la danse avec des claquettes.
Acte IV : le déclin, puis la renaissance
Le succès ne dure pas. Après la Seconde Guerre mondiale, vers les années 1950, les claquettes amorcent leur recul. À la fin de la décennie, elles ont presque disparu de la culture populaire américaine.
Plusieurs forces se conjuguent. Le rock’n’roll capte la jeunesse. Le cinéma s’ouvre à d’autres danses. Le bebop, joué par de petites formations de jazz, s’éloigne du tempo carré qui portait le tap. La discipline entre en sommeil.
Le réveil vient des années 1970. À Broadway, Gregory Hines remet les claquettes au goût du jour en les accordant à la musique et à la mode de son temps. Sa démarche est aussi militante : il replace au centre les racines afro-américaines de la danse, longtemps masquées par l’image hollywoodienne. Hines transmet, enseigne, popularise, et redonne ses lettres de noblesse au jazz tap.
Puis, dans les années 1990, Savion Glover révolutionne la discipline avec un style percussif et ancré dans le sol, qu’il accorde au hip-hop. La frappe devient puissante, presque tribale. Glover parle de hitting, de frapper le sol comme un instrument à part entière, loin de la légèreté d’Astaire. Son spectacle Bring in ‘da Noise, Bring in ‘da Funk marque les années 1990 et attire une génération nouvelle. Les claquettes ne sont plus un souvenir hollywoodien : elles redeviennent une danse vivante, urbaine, contemporaine.
Cette renaissance n’est pas qu’américaine. Le tap se diffuse dans les écoles du monde entier, porté par des festivals, des stages et un réseau de passionnés qui transmettent de génération en génération.
| Période | Repère | Figure clé |
|---|---|---|
| Années 1830 | Naissance à Five Points | Master Juba |
| 1900 à 1955 | Vaudeville et Broadway | Bill Robinson |
| 1930 à 1955 | Âge d’or du cinéma | Fred Astaire, Gene Kelly |
| Années 1970 à 1990 | Renaissance moderne | Gregory Hines, Savion Glover |
Et les claquettes en France ?
Longtemps perçues comme une curiosité américaine, les claquettes se sont enracinées dans l’Hexagone à partir des années 1980 et 1990, dans le sillage de la renaissance portée par Hines. Des écoles spécialisées ouvrent dans les grandes villes, portées par des professeurs souvent formés outre-Atlantique.
Montpellier illustre bien cette implantation. Eric Scialo, formé en danse classique et contemporaine, y fonde l’association Claquettes en Vogue en 1993 après avoir découvert la discipline auprès de la chorégraphe Nelly Genlot. La structure organise depuis 2003 un festival international de claquettes, signe que la France a sa scène propre. Le détail de cette implantation locale figure dans cours de claquettes à Montpellier.
Aujourd’hui, la plupart des grandes villes françaises comptent au moins une école ou une association de claquettes. La discipline, classée par la Fédération Française Sports pour Tous parmi ses activités, touche un public large, de l’enfant au senior. L’héritage de Five Points a traversé l’Atlantique et le siècle.
Ce que cette histoire change pour qui débute
Connaître ce passé n’est pas un luxe d’érudit. Il éclaire la pratique.
Comprendre que les claquettes sont nées d’un métissage explique leurs deux visages : le jazz tap rythmique, héritier de l’improvisation africaine, et les claquettes de Broadway, tournées vers le spectacle. Savoir que Robinson dansait sur la pointe, que Glover a ancré sa frappe au sol, aide à situer les styles qu’un professeur propose.
Cette culture historique nourrit aussi l’oreille. Écouter un solo d’Astaire, puis un passage de Savion Glover, fait entendre deux philosophies du son : la légèreté contre la puissance, la mélodie contre la percussion brute. Le débutant qui connaît ces repères choisit son cours en connaissance de cause, au lieu de subir un style par défaut.
Enfin, l’histoire rappelle une chose simple : les claquettes ont survécu à leur propre disparition. Données pour mortes à la fin des années 1950, elles sont revenues plus vivantes. Cette résilience dit quelque chose de la discipline : elle parle au corps et à l’oreille d’une manière que les modes n’effacent pas.
Cette filiation continue dans les cours d’aujourd’hui, qui enseignent encore les pas codifiés par ces générations. Pour passer de l’histoire à la pratique, l’article apprendre les claquettes reprend les premières étapes concrètes.
Un dernier enseignement, plus pratique : aucune des grandes figures n’a commencé virtuose. Bill Robinson, Gregory Hines, Savion Glover ont tous traversé les mêmes débuts maladroits, les mêmes sons sales avant les sons nets. Cette histoire est aussi celle d’un apprentissage patient, répété, accessible à qui s’y tient.
Prochaine étape : repère le style qui te parle, jazz tap ou Broadway, puis cherche un cours qui l’enseigne. L’héritage de Five Points commence sous tes pieds.
Sources : Wikipédia (article « Claquettes »), le dossier histoire des claquettes de Taptime, et la grande histoire des claquettes retracée par Tap Dance Paris.